MEDEL a appris avec une grande inquiétude la décision par laquelle la Cour d’appel de Tunis a confirmé, le 1er juillet, la condamnation du juge Anas Hmed à un an d’emprisonnement, en la déclarant immédiatement exécutoire.
Ce jugement intervient à l’issue d’un procès marqué, tout comme celui de première instance, par des violations flagrantes des principes fondamentaux d’un procès équitable, tels que l’exercice du droit à la défense, le droit de participer au procès et celui d’être entendu sur le fond de l’accusation.
Le juge Hmed est accusé d’avoir entravé le libre exercice de la profession en ayant apporté son soutien, en sa qualité de président de l’Association des magistrats tunisiens (AMT), à la grève des magistrats organisée en 2022, lorsque le président Kaïs Saïed avait d’abord dissous par décret le Conseil supérieur de la magistrature, avant de révoquer, toujours par décret, 57 magistrats.
Les représailles judiciaires à l’encontre du juge Hmedi, privé de son immunité, pourraient se poursuivre avec d’autres procédures engagées à son encontre entre 2022 et 2026 et démontrent à quel point l’effondrement de l’État de droit en Tunisie est avancé: avec le démantèlement des garanties d’indépendance de la magistrature, les attaques et les ingérences contre les juges et les avocats à titre individuel, ainsi que contre leurs associations, et contre tous ceux qui défendent l’indépendance de la justice, dénoncent les abus et défendent les victimes, les conditions d’exercice des libertés individuelles n’existent plus, pas plus que la garantie d’accès à la justice et de protection effective et impartiale des droits fondamentaux, tels que le droit à un procès équitable et impartial.
Le cas du juge Hmedi, qui continue d’être persécuté, y compris par voie judiciaire, en raison de son engagement en faveur de la défense de l’indépendance du pouvoir judiciaire, vise clairement à produire un « effet dissuasif » généralisé à l’ensemble du système judiciaire et à compromettre tant les conditions d’exercice des fonctions juridictionnelles, libres de toute ingérence et de toute pression, que le droit à la liberté d’expression et d’association des magistrats.
Ces événements imposent à l’ensemble de la communauté européenne et internationale de prendre acte du fait que toute garantie de protection de l’État de droit en Tunisie a disparu et qu’un système judiciaire non indépendant non seulement ne remédie pas aux abus de pouvoir, mais devient lui-même l’instrument de leur mise en œuvre.
MEDEL demande donc avec force que des mesures soient adoptées afin que :
– toutes les procédures judiciaires et disciplinaires à l’encontre du Judge Anas Hmedi cessent et que toutes les conditions de sa vie personnelle, familiale et professionnelle, arbitrairement compromises, soient rétablies;
– les garanties d’indépendance de la magistrature soient rétablies en Tunisie, à commencer par le Conseil Supérieur;
– que cesse la persécution des magistrats, des avocats et des défenseurs des droits de l’homme, et que soient rétablies toutes les conditions nécessaires à l’exercice plein et libre des libertés et des droits fondamentaux, tant dans le cadre des procédures judiciaires qu’en dehors de celles-ci, y compris la liberté d’association;
– que soient réintégrés tous ceux qui ont été arbitrairement démis de leurs fonctions.
MEDEL réaffirme son soutien au juge Anas Hmedi ainsi que à tous les magistrats tunisiens qui courageusement restent attachés à leur indépendance.
16.7.2026
——————- (EN)
Anas Hmedi’s conviction on appeal; dark times for the Rule of law in Tunisia
MEDEL has learnt with great concern of the decision by which, on 1 July, the Tunis Court of Appeal upheld the sentence of one year’s imprisonment imposed on Judge Anas Hmedi, declaring it immediately enforceable.
This ruling follows an appeal trial which was characterised, as in first instance, by blatant violations of fundamental due process principles, such as the right to defence, the right to participate in the proceedings and the right to be heard on the merits of the charge.
Judge Hmedi is accused of obstructing the freedom to work by supporting, in his capacity as president of the Association des magistrats tunisiens (AMT), the judicial strike called in 2022 when President Kaïs Saïed first dissolved by decree the High Council of the Judiciary and then, again by decree, dismissed 57 judges and prosecutors.
The judicial reprisal against Judge Hmedi, who has been stripped of his immunity, could continue due to further proceedings brought against him between 2022 and 2026, and demonstrates the extent to which the Rule of law has collapsed in Tunisia. With the dismantling of the safeguards for judicial independence, the attacks and the interferences against individual judges and lawyers and their associations, as well as against all those who defend the independence of the judiciary, denounce abuses and defend victims, the conditions for the exercise of individual freedoms no longer exist, nor is there any guarantee of access to justice or of effective and impartial protection of fundamental rights, such as the right to a fair and impartial trial.
The case of Judge Hmedi, who continues to be persecuted, also by judicial means, for his commitment to defending the independence of the judiciary, is clearly intended to create a widespread chilling effect throughout the judicial system, aimed at undermining both the conditions for the exercise of judicial functions free from influence or pressure and the right of judges to freedom of speech and association.
These events compel the entire European and international community to recognise that all safeguards for the Rule of law in Tunisia have collapsed, and that a non-independent judiciary not only fails to remedy abuses of power but becomes itself the instrument for their perpetration.
MEDEL therefore strongly calls for measures to ensure that:
– all judicial and disciplinary proceedings against Anas Hmedi are brought to an end, and all the conditions for his personal, family and professional life – which have been arbitrarily compromised – are restored;
– the guarantees of judicial independence are re-established in Tunisia, starting with the High Judicial Council;
– the persecution of judges, lawyers and human rights defenders cease, and all the conditions necessary for the full and free exercise of fundamental rights and freedoms are restored, both within and outside judicial proceedings, including the freedom of association;
– all those who have been arbitrarily dismissed from their professions are reinstated.
MEDEL reaffirms its support for Judge Anas Hmedi and for all those Tunisian magistrates who courageously remain committed to their independence.
16.7.2026
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